Je suis sûr que l'Internet représente une révolution culturelle majeure. Ce que j’ai plus de peine à concevoir, c’est la nature de cette révolution. Il est toujours plus facile de s'étonner devant les prouesses techniques et les masses statistiques de faits nouveaux que de détecter les changements de rapports entre les personnes et avec les choses, et d'éprouver nettement comment s'en trouve transformée la qualité de notre expérience.
Peut-être est-ce naturel pour un philosophe d'y voir la réalisation d'un vieux rêve des Lumières, celui de l'Encyclopédie de Diderot: rassembler et connecter tous les savoirs pour promouvoir le progrès de l'humanité et affaiblir les puissances de l'obscurantisme. Et publier cet ouvrage, c'est à dire: le rendre public.
Avec une lucidité que lui eut enviée McLuhan, Diderot a intitulé sa planche sur les caractères mobiles en imprimerie: «Diviser pour régner». La nouvelle révolution médiatique pourrait bien démocratiser en reliant...
Un article de The Economist illustre bien comment l'Internet est en train de faire avancer ce projet comme jamais auparavant. Partout dans le monde un mouvement se dessine en faveur de la publication sur banques de données libres d’accès de tous les résultats de recherches soutenues par des fonds publics. Il s’agit non seulement de rendre au public ce qui de droit lui appartient, mais de donner un coup de fouet à la recherche elle-même en mettant en rapport des données autrement restées enfouies dans des revues spécialisées.
Diderot serait content! Ω