Le soleil et la mer
 
Sans le savoir, on peut-être héraclitéen. Sinon, sans doute parménidien. Ces deux familles d'esprit, ces deux façons divergentes et apparemment inconciliables de voir et de comprendre le monde, se partagent une immense partie du domaine pensable.
 
Si vous êtes parménidien, cette entrée en matière vous agace déjà. Vous n'aimez pas les divisions. Vous estimez que les êtres humains sont, au fond, tous senblables. «Sous le soleil, rien de nouveau» pourrait être votre devise. Ou: «Plus ça change, plus c'est pareil». Vous appelez un chat un chat. Vous n'aimez pas l'évolutionnisme, avec ses singes qui deviennent humains, ses oiseaux descendus des dinosaures. Les organismes génétiquement modifiés vous répugnent: comment peut-on mettre des gènes de poisson dans des fraises! Vous trouvez absurde qu'on veuille appeler «mariage» l'union entre deux personnes de même sexe. Cela vous irrite qu'on vous considère pour cela rétrograde: simplement, vous valorisez la clarté, la logique, la fermeté et la stabilité du jugement. Vous êtes conservateur au meilleur sens du terme. La question que vous posez, c'est: «Qu'est-ce?». Votre symbole, c'est le soleil.
 
Si vous êtes héraclitéen, vous venez de reconnaître votre bête noire: les gens qui ne changent pas d'idée.
 
 
Dans l'éternel débat entre être et devenir, Parménide d'Elée et Héraclite d'Ephèse, Héraclite est actuellement très en avance sur Parménide. À la lumière de la physique quantique et de la théorie de l'évolution, demander de quelque chose ce que c'est, plutôt que ce que cela devient, c'est «vanité et poursuite du vent».
 
Ce qui existe n'existe qu'en exerçant une action; décrire cette action est l'affaire des sciences. Le savoir n'est plus de ce que c'est, mais de ce que cela fait.
 
Savoir fut jadis se reposer dans la connaissance de l'intemporel; c'est maintenant participer au passage du temporaire comme acteur et témoin à la fois.
 
Non plus savoir, peut-être, mais voir. Regarder. Ω
 
Une pensée
9 décembre 2004
Parménide
Héraclite