Le temps  du possible
 
En fait, il n'est pas indifférent de considérer le possible comme réel ou non. Considérons la question banale : «Est-il encore temps?». Cette question suppose une façon de voir le temps qui inverse le flux conventionnel de celui-ci: passé, présent, avenir. La réponse «On a le temps!» le présente comme un réservoir encore plein de possibilités. «C'est le temps!» marque l'urgence du moment où les choses s'accomplissent, cristallisent: il faut saisir l'opportunité au bond. «Il n'est plus temps» décrète l'impossibilité: les choses se sont figées ou dissipées de manière irréversible.
 
Ce temps du possible, qui surgit du futur et vient vers nous, c'est celui du projet, de l'entreprise, un temps profondément différent de celui de la mémoire et du souvenir, qui lui s'étire depuis le passé jusqu'au présent; jusqu'à l'avenir, même, dans la mesure où nos anticipations ne sont souvent que des prolongements de notre expérience passée. Et comme il est difficile, souvent, de secouer l'inertie de ce fatalisme pour retrouver l'enthousiasme des débuts!
 
La question est de savoir ce qu’il en est de cela que nous explorons avec notre imagination ou notre mémoire: sentons nous bien en cela la résistance que nous oppose le tissu même du réel?
 
Si le possible est réel, son temps est aussi le temps du réel, et le temps de la mémoire, si on en fait l'histoire d'une fatalité, une fatale erreur. Ω
 
 
 
Une pensée
18 décembre 2004
 
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