«Mind is what the brain does»
 
Le débat sur le rapport cerveau-esprit est mal foutu.
 
On suppose deux choses: le cerveau matériel et le sujet psychologique. Ensuite on dit que le sujet étant conscient, il ne peut être causé par le cerveau qui ne l'est pas; ou encore, que la conscience étant causée par le cerveau, elle ne peut pas, à son tour, causer des événements dans le cerveau, c'est-à-dire diriger la conduite: c'est donc une illusion.
 
Mais si ni le cerveau, ni le sujet ne sont des choses, le débat n'est qu'une querelle de mots.
 
Or, le cerveau n'est pas «une» chose. C'est un montage de structures exerçant une multitude d'activités. En interaction. Le sujet n'est pas non plus «un» être, mais une multitude d'événements de divers ordres (perceptions, pulsions, émotions, souvenirs, cogitations, raisonnements, imaginations, rêves, etc., etc.). Tout cela est de connaissance commune: on dit qu'«on ne choisit pas ses sentiments», que «c'était plus fort que nous», que «cela nous est passé par la tête», qu'«on n'arrive plus à se souvenir», que «la réponse nous est venue dans notre sommeil», que «l'inspiration ne nous vient pas», que «nos mots ont dépassé notre pensée», et nombre d'autres expressions montrant la situation de témoin où se trouve notre conscience par rapport à ce qui se passe en nous.
 
Le «je» est un effort constant d'unification pas très bien réussie d'un «moi» multiple et incertain. Le sujet psychologique est aussi divers et instable que le cerveau qui l'engendre. Ceci dit, si sur l'écran de la conscience s'élabore un processus de délibération et de décision, il n'y a rien de scandaleux à reconnaître que cela puisse influencer les autres processus cérébraux et psychologiques. Pas en vertu d'une division ontologique entre matière et esprit, mais d'une division du travail entre sous-structures. Ω
 
 
 
Une pensée
8 janvier 2005
 
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