Je ne sais pas si c'est dans un esprit facétieux que les mathématiciens de Princeton ont baptisé leur théorème «Free Will Theorem» ou «théorème du libre-arbitre», mais l'acceptation du possible comme dimension constitutive de la réalité pourrait avoir des répercussions majeures sur le débat millénaire concernant la liberté humaine.
Dans un univers constitué de matière entièrement déterminée, l'expérience commune et courante de notre propre liberté de choix ne s'explique pas. Il faut donc avoir recours à l'une de deux thèses doctrinales aussi extrêmement opposées et invraisemblables l'une que l'autre: soit cette expérience est complètement et universellement illusoire, c'est la thèse dite matérialiste; soit la liberté existe, mais procède d'un principe immatériel, esprit ou «dasein» ou «néant» sartrien.
Mais la façon «possibiliste» d'envisager le réel rend tout le débat caduc. Car si, à tout moment, les événements peuvent prendre des cours divergents, et sont, par conséquent, sujets à des interventions délibérées, il n'est pas nécessaire que la nature humaine soit dotée de pouvoirs spéciaux pour en modifier la tournure. La «liberté» n'est pas fondamentalement une propriété humaine: c'est une propriété des choses.
Notre cerveau (et en un sens tout notre corps) est un organe de génération et de gestion de possibilités. Combien intéressant de considérer sous cet angle le travail de la conscience, et les créations culturelles.... Ω